Commentaire littéraire d'un extrait de Le Deuxième Sexe II : L'expérience vécue
« On ne naît pas femme, on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. »
(De Beauvoir, 1949, 13)
Simone de Beauvoir, écrivaine française, est souvent considérée comme la
théoricienne la plus importante de la deuxième vague du féminisme. Elle a joué,
par sa vie comme par ses œuvres, un rôle important dans le mouvement pour les
revendications des femmes au milieu du vingtième siècle. Son œuvre majeure, Le Deuxième Sexe, est un essai
existentialiste paru en 1949 qui reste à ce jour la référence de la philosophie
féministe.
L’essai comprend deux tomes dans lesquels l'autrice offre une perspective
unique sur la situation de l'inégalité des femmes à travers les siècles et
confronte les idéaux contradictoires qui les encouragent à opter pour incarner l'autre. L’extrait qu’on analysera dans
le présent texte correspond au début de la première partie du Tome
II, « Formation », destinée à expliquer comment une fille
devient une femme. De Beauvoir examine
dans ce premier chapitre les facteurs qui conduisent à une rapide infériorisation
de la petite fille, liée à l’éducation et non la biologie, et la préparation au
rôle secondaire qu’elle devra assumer dans sa vie d’adulte.
A cet égard, l'essence de Le Deuxième
Sexe se trouve dans l’extrait en question: la construction des
individualités antagoniques impose des rôles différentiés, genres, aux
personnes des deux sexes. On va donc réfléchir sur cette affirmation en abordant
deux aspects : le caractère illusoire des idées qui supposent qu’à mâle et
femelle correspondent le masculin et le féminin par une surdétermination
naturelle et le rôle essentiel qui joue la société dans l’élaboration du
rapport d’inégalité entre hommes et femmes.
Premièrement, il faut commencer à déchiffrer la notion de devenir femme à partir de la pensée
suivante : « …Aucun destin biologique, psychique, économique ne
définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine…» En
postulant cela, Simone de Beauvoir tente d’affirmer fermement que les points de
vue traditionnels pris sur la femme par la biologie, la psychiatrie et l’organisation
sociale de l’économie ne suffisent pas du tout à définir sa place dans le
monde. L’écrivaine désavoue l’existence d’une correspondance authentique entre
sexe biologique et construction des notions hommes et femmes et essaie de
réinterpréter l’univers dans lequel ces dernières se trouvent enfermées. Sous ce rapport, devenir femme n’est pas un processus naturel
faisant partie de l’élaboration des catégories de sexe : ceci trouve ses
racines dans un phénomène qui implique beaucoup plus. La conception de femme doit ainsi être explorée sur la
base d’une théorisation qui englobe bien plus que simplement les qualifications naturalistes du mot et des
individus qu’il représente.
Le deuxième aspect qu’on analysera est évoqué implicitement dans ce
raisonnement : «… c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce
produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. »
Le mâle et le castrat féminin, ces deux figures opposées auxquelles De Beauvoir fait
allusion, traversent, selon elle, certaines expériences socio-culturelles
d’apprentissage qui déterminent leurs rôles au milieu de leur civilisation. De
ce point de vue, ces rôles sont très certainement élaborés sur la base du sexe
biologique des individus et ils sont le résultat d’une construction arbitraire
et sociale des archétypes propres aux hommes et aux femmes. Devenir femme consiste alors à
participer dans la société en adoptant le rôle de femme: parler, s’habiller, se
maquiller comme une femme, entrer dans des rapports sociaux réservés aux
femmes, se présenter devant les hommes comme une femme, et enfin, penser comme
une femme. Évidemment, on naît avec un sexe et l’on acquiert un genre. Selon l’autrice,
cette acquisition a un caractère essentiellement social et justifie le rapport
de domination de l'être-humain mâle sur le castrat,
dépouillé de toute transcendance.
En bref, cette analyse nous a permis de contempler globalement la vision de
Simone de Beauvoir : c’est la société et non la nature qui fabrique les
notions traditionnelles d’homme et de femme. A travers une affirmation
séduisante qui est même devenue un des adages les plus populaires du féminisme,
elle prend le risque de décrire le monde des femmes tel qu’il leur est proposé.
Son travail continuera d'influencer nos sociétés pendant encore de nombreuses
décennies.
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